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M. le Président de la République,

Vous n’aurez sans doute pas l’occasion de lire ma diatribe, encore moins d’y répondre, mais comme bon nombre de français, j’ai voté pour vous en 2012, cela devrait compter un petit peu pour vous…

Aujourd’hui je ne retrouve rien de ce que vous avez proposé 4 ans plus tôt et sans sourciller j’affirme que vous ressemblez comme deux gouttes d’eau à vos prédécesseurs :

  • La majorité du peuple de gauche est déboussolée,
  • l’extrême-droite n’a jamais été aussi décomplexée,
  • vous avez décrété l’État d’Urgence, c’est-à-dire que nous devons la fermer,
  • je ne suis plus sûr d’être français, alors que je l’ai toujours été…

En 2012, je voulais à travers vous et votre candidature barrer la route à l’(extrême) droitisation incarnée par votre prédécesseur et adversaire. Vous incarnâtes cet espoir avec brio !

Nous sommes désormais belligérants, et vous vous êtes paré des oripeaux du chef de guerre, sans connaître l’issue de la bagarre dans laquelle vous nous engagez.

Ces habits ne vous siéent pas ! Nous ne sommes pas en guerre !

Lorsque vous avez prêté serment, je n’ai pas vu un Général étoilé, mais un rassembleur, capable d’agglomérer les agrégats de la dérive droitière de votre essoufflé poursuivant.

Moi grégaire, j’ai voté pour vous car je suis « de gauche ». J’ai glissé mon bulletin dans l’urne pour acter mon refus de la « DROITE ».

JE SUIS EXTRÊMEMENT DÉÇU !!!!

Oui, Je donnerai toujours mon suffrage aux formations politiques qui se soucient d’améliorer le sort des plus fragiles d’entre nous, et qui défendent des valeurs humanistes. Pensez-vous encore avoir le cynisme d’oser représenter ces intérêts ?

Depuis votre élection, j’ai grincé des dents à de nombreuses reprises (j’en ai même perdu une), je ne vous ferai pas l’affront de vous rappeler en quelles occasions, je ne vous reproche pas d’être intelligent !

Il vous suffit d’ailleurs de relire votre programme version 2012 pour y relever les nombreuses promesses que vous n’avez pas tenues… Le peuple de gauche est habitué à de telles distorsions ! Mais quelle est donc cette vision politique qui ressemble à une girouette ? Les vents sont-ils si contraires, que Pinochet tienne la main de Gandhi… ? La droitisation du discours n’est pas une manière efficace de manipuler l’extrême droite ! Votre prédécesseur n’en a-t-il pas fait les frais à votre profit ? François Mitterrand est mort, et c’est le moins bel exemple de ce que la gauche a fait de mieux…

Ne pas tenir ses promesses en politique, vous n’êtes pas le premier monarque républicain à le faire ! Mais aller à l’encontre de la ligne politique qui vous a portée au pouvoir, voilà qui est à mon sens suffisamment inédit pour exciter ma curiosité anonyme de citoyen un brin gauchisant.

Mes critiques auraient pu s’arrêter à vos penchants néo-libéraux en économie, à votre incapacité à agir véritablement contre les problèmes fondamentaux de notre société que sont le chômage, la formation professionnelle, le logement des plus pauvres d’entre nous, pour ne citer que ces sujets. Mes critiques auraient pu se contenter de trouver votre politique trop proche de celle de partis plus à droite dans le cénacle républicain…

Mais vous ne vous êtes pas arrêté en si bon chemin…

Comme la majorité de mes concitoyens, j’ai été horrifié par les attentats qui ont secoué notre pays. La situation actuelle est très préoccupante, le danger est bien réel. Il est du devoir de l’exécutif de rétablir la sécurité grâce au concours des forces de l’ordre, et du pouvoir judiciaire de punir les auteurs de ces ignobles agissements, lorsqu’ils sont en mesure de répondre de leurs actes.

Mais la recherche de la sécurité ne doit en aucun cas être un prétexte pour restreindre les libertés publiques chèrement gagnées ! Ou plutôt : la liberté n’est aucunement incompatible avec la sécurité ! Pensez à ce que ferait ce parti que vous avez contribué à pousser aux portes du pouvoir de l’arsenal répressif que vous échafaudez ?

On a vu où de telles mesures ont conduit les États qui les avaient décrétées : bavures en tout genre, délation, discriminations, division durable de la société, exacerbation des communautarismes… L’effet inverse de celui escompté…

Pourquoi diable pondîtes-vous illico presto cet ersatz de Patriot Act ? quelle mouche vous piqua sur la joue droite ?

Pourtant, les mesures efficaces, vous les connaiss(i)ez :

  • Maintenir le niveau d’alerte maximal était suffisant, l’état d’urgence n’apporte rien de plus, si ce n’est des abus de pouvoir,
  • donner plus de moyens aux services de renseignement infiltrés sur le terrain, plutôt que surveiller tout le monde sans discernement,
  • faire cesser cette mesquine « guéguerre » des services de police et de gendarmerie, qui a eu des conséquences dans le déroulement des opérations.

M. le Président de la République, vous aviez souhaité donner le droit de vote aux étranger lors des élections locales ? Vous allez séance tenante imposer la « déchéance de la nationalité » pour les binationaux (quatre membres du Gouvernement le sont) au parlement, grâce aux voix de l’opposition, et de ceux qui s’accrochent au frêle esquif de votre maintien au pouvoir. Sans compter les youyous ravis des nervis de l’extrême droite.

En 2010, lorsque votre adversaire politique avait émis cette proposition, vous aviez répondu que la déchéance de la nationalité était :

« attentatoire à ce qu’est finalement la tradition républicaine et en aucune façon protecteur pour les citoyens »

Pourquoi ce virage à 360 180 degrés ?

M. le Président de la République, je suis né en France d’une mère française et d’un père tunisien. Un de mes oncles paternels a combattu pour la France. Mort en 1945, il a participé au débarquement de Sicile. Il est enterré au cimetière militaire de Cronenbourg. Il n’a pas eu besoin de papiers français pour défendre la France, il l’a fait car il a choisi le camp de la république plutôt que celui du fascisme…

Mon passeport tunisien, M. le Président, j’en suis aussi fier que de mon passeport français ! Mais c’est en France que je suis né ! La langue française est ma langue maternelle ! Toute ma vie s’est construite ici ! Et vous voudriez que je puisse accepter sans sourciller de devenir arbitrairement un citoyen en sursis, un citoyen de seconde catégorie, un citoyen de papier ?

Non, je ne l’accepte pas ! Et vos éléments de langage n’y font rien : c’est justement parce que cette mesure – jugée inefficace par certains de vos ministres en exercice – est symbolique, que je la trouve irrespectueuse, malsaine : indigne de l’esprit de notre République qui fonde la nationalité sur le droit du sol. Indigne de ce qui fait de la France un pays admiré de par le monde.

Avez-vous envisagé la réaction des États concernés par cette mesure, la plupart (Portugal mis à part) d’anciennes colonies ou protectorats français, qui se verraient obligé d’accueillir le pire de ce que la France peut produire ? Considérez vous la Tunisie, le Maroc, l’Algérie, le Mali comme les poubelles de la France ?

M. le Président de la République, ce sont majoritairement des français qui ont tué d’autres français dans ces terribles attentats, une minorité d’entre eux étaient binationaux. Il serait plus courageux de les juger ces criminels à l’aune de leurs exactions et non de leur origine. Qu’ils reçoivent un châtiment à la hauteur de leurs actes dans le respect de la loi, afin que la jeunesse ne suive pas leur exemple déplorable ! En déchoir certains d’entre eux de la nationalité française n’apporterait rien de plus, si ce n’est de l’eau au moulin de l’extrême droite. Le Général de Gaulle n’a-t-il pas été déchu de sa nationalité en décembre 1940 ?

M. le Président de la République, ne serait-il pas plus simple de reconnaître que vous vous êtes trompé, que c’était une très mauvaise idée ? En tant que citoyen, je puis accepter qu’un Président de la République, revienne sur une décision aussi calamiteuse ! Dans votre cas, ce ne serait d’ailleurs qu’une promesse non tenue de plus…

M. le Président de la République, si vous ne revenez pas sur cette décision, je saurai quoi faire en 2017 (et sans doute aussi 3,7 millions de citoyens binationaux eux aussi).