J’ai dans mon studio trois pédales du même fabricant, Gamechanger Audio, et je me rends compte en les regardant côte à côte qu’elles racontent trois moments assez différents de ma relation à cette marque. La PLUS pedal, mon premier modèle, reste malgré son âge relatif un objet fantastique — une sustain pedal capable de figer n’importe quelle note ou accord indéfiniment, transformant n’importe quel instrument en une sorte d’orgue improvisé. Gamechanger vient d’en sortir une refonte complète, la PLUS Pedal 2, avec un nouveau moteur de « Spectral Sampling » qui capture le timbre exact du signal d’entrée plutôt que de simplement le figer, une superposition automatique de couches, et une boucle FX stéréo repensée. Je n’ai pas encore cédé, mais je sais déjà que je vais craquer.

La Motorpedal, elle, je la possède en édition limitée rouge — signée par ses créateurs, comme la plupart des pièces en tirage limité de cette marque lettone. Ce genre de détail paraît anecdotique tant qu’on ne l’a pas vécu : précommander un objet, attendre des mois sans nouvelles précises, puis recevoir une boîte avec une signature manuscrite dessus. Ça change quelque chose à la relation qu’on entretient avec l’outil, même si le son, au bout du compte, se moque bien de savoir qui a signé le boîtier.

La dernière arrivée, c’est la Recoder — même parcours de précommande, même attente patiente, même signature à l’intérieur du boîtier une fois reçue. Le principe est différent des deux autres : on enregistre un son (un riff, un glitch, un bruit quelconque), la pédale en fait une analyse spectrale complète — sa « signature sonore » au sens propre cette fois — puis applique cette empreinte en temps réel sur ce qu’on joue ensuite. Je suis en train de l’explorer, et pour l’instant, ce qui me frappe, c’est à quel point le résultat dépend entièrement du matériau qu’on choisit de lui donner à analyser en premier : un son propre donne un traitement propre, un bruit de fond mal maîtrisé imprime son désordre sur tout ce qui suit.

Trois pédales, trois logiques différentes de figer, capturer ou empreindre un son — et dans deux cas sur trois, un objet qui garde la trace physique de quelqu’un qui l’a fabriqué à la main, quelque part, et signé avant de l’envoyer. Ça ne change rien au son. Mais ça change, un peu, ce qu’on ressent en appuyant dessus.
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