Polyend vient de dévoiler le Loop, présenté cette semaine au Guitar Summit 2026 de Mannheim : quatre pistes de looper indépendantes, utilisables en mono ou en stéréo, avec trois modes de lecture — avant, arrière, ping-pong —, une boîte à rythmes quatre pistes (plus de 500 kits, 350 patterns, 2000 samples et 180 boucles prêtes à l’emploi) et plus de cent effets synchronisés au tempo, le tout dans un boîtier à écran couleur, quatre encodeurs sans fin et deux potentiomètres. Format pédale, MIDI TRS et USB-C, entrées/sorties stéréo. Précommande à 599 $ / 599 €, expédition annoncée pour octobre.

Ce qui me retient, ce n’est pas tant la liste de caractéristiques — généreuse, mais banale pour 2026 — que le choix du format. Mon Polyend Tracker Mini, dont j’ai déjà parlé ici à propos d’une tension entre règle générative et geste direct, est un objet de table : on s’assoit devant, on regarde son écran, on navigue dans ses menus. Le Loop, lui, se pose au sol, se joue au pied, entre deux accords de basse ou de guitare — un geste corporel complètement différent, même si la logique interne (pistes, patterns, effets synchronisés) reste très proche de celle du Tracker Mini. Même fabricant, même vocabulaire technique, mais un rapport au corps qui change tout.
Cette bascule vers le pédalier, ce n’est pas un territoire neuf pour moi. Mes deux pédales Gamechanger Audio — la PLUS pedal, que j’ai depuis des années, et la Recoder, plus récente, toutes deux évoquées dans un article précédent — vivent au même endroit que vivra le Loop pour qui en fera l’acquisition : sous le pied, jamais sous les yeux. On ne regarde pas un écran pour les piloter, on les sent. Le Loop, avec son écran couleur et ses quatre encodeurs, tente une synthèse curieuse entre les deux mondes : le pilotage visuel d’une machine de table, greffé sur le format et l’usage d’une pédale d’effets. Je ne sais pas encore si cette synthèse tient — je ne l’ai pas encore eue sous le pied —, mais l’idée de devoir, en plein morceau, lire un écran au sol plutôt que sentir un bouton sous l’orteil m’intrigue autant qu’elle m’inquiète un peu.
Reste que l’essentiel, pour moi, n’est pas là. C’est plutôt ce que raconte cette annonce du secteur tout entier : les looper-pédales, longtemps pensées comme de simples boucleurs de guitare, absorbent aujourd’hui des fonctions de boîte à rythmes complète — et inversement, les boîtes à rythmes de table, comme mon Tracker Mini, empruntent de plus en plus aux loopers leur logique de couches superposées. Les catégories de matériel, qui semblaient stables il y a encore cinq ans, se dissolvent les unes dans les autres. Ce n’est pas un hasard si un même fabricant peut, la même année, vendre un instrument de table et une pédale de sol qui se parlent presque en langue commune.
English version
Polyend just unveiled the Loop, presented this week at Guitar Summit 2026 in Mannheim: four independent loop tracks, usable in mono or stereo, with three playback modes — forward, backward, ping-pong —, a four-track drum machine (500+ kits, 350+ patterns, 2,000+ samples and 180+ ready-to-use loops) and 100+ tempo-synced effects, all packed into a unit with a color display, four endless encoders and two potentiometers. Pedal format, TRS MIDI and USB-C, stereo I/O. Preorder at $599/€599, shipping announced for October.
What holds my attention isn’t so much the spec sheet — generous, but unremarkable for 2026 — as the choice of format. My Polyend Tracker Mini, which I already discussed here in a piece about the tension between generative rule and direct gesture, is a tabletop object: you sit in front of it, watch its screen, navigate its menus. The Loop, by contrast, sits on the floor, played with your foot between two chords on bass or guitar — a completely different bodily gesture, even though the internal logic (tracks, patterns, synced effects) stays very close to the Tracker Mini’s. Same maker, same technical vocabulary, but a relationship to the body that changes everything.
This move onto the pedalboard isn’t new territory for me. My two Gamechanger Audio pedals — the PLUS pedal, which I’ve had for years, and the more recent Recoder, both discussed in an earlier article — live in the exact spot the Loop will live in for whoever picks one up: under the foot, never under the eyes. You don’t watch a screen to drive them, you feel them. The Loop, with its color display and four encoders, attempts a curious synthesis of the two worlds: the visual control of a tabletop machine, grafted onto the format and use of an effects pedal. I don’t yet know whether that synthesis holds together — I haven’t had one under my foot yet — but the idea of having to read a floor-level screen mid-song rather than feel a button under my toe intrigues me about as much as it worries me a little.
Still, the real point, for me, lies elsewhere. What this announcement really tells is a story about the whole sector: looper pedals, long conceived as simple guitar loopers, are now absorbing full drum-machine functions — and conversely, tabletop drum machines like my Tracker Mini increasingly borrow the loopers’ layered-overdub logic. Gear categories that seemed stable just five years ago are dissolving into one another. It’s no accident that the same manufacturer can, in the same year, sell a tabletop instrument and a floor pedal that all but speak the same language.
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